L’actualité en continu, le meilleur des médias en français, vidéos, infographies, cartoons, la Tunisie vue d’ailleurs

- Advertisement -

- Advertisement -

Tu seras gréviste mon fils !

Je fais partie d’une génération qui voue un grand respect aux enseignants. Je suis devenu ce que je suis grâce au dévouement d’hommes et de femmes qui ont consacré leur vie à diffuser le savoir et à lutter contre l’ignorance. L’instituteur était le sage, le juste, le conseiller et le second père. Il ne comptait pas ses heures et n’épargnait pas ses efforts pour qu’on apprenne et pour qu’on se cultive.

Il n’était jamais absent et il tirait sa fierté du succès de ses élèves. Nous aimions nos enseignants à vouloir juste leur ressembler et être comme eux plus tard. Les choses ont changé aujourd’hui ! Ces hommes et ces femmes que je vénérais tant ont déserté le savoir pour l’argent ! Ils vendent la connaissance comme on vend les patates ou les tomates sur le marché, des patates et des tomates bien chères ! Ils ne se soucient guère de l’avenir de leurs élèves.

En classe, ils ne font qu’attendre la fin de l’heure pour aller s’occuper de leurs affaires : cours particuliers jusqu’à 2h du matin des fois ! Les enseignants ont laissé tomber la blouse du respect et de l’honneur pour mettre celle du profit. Pendant que d’autres nations découvrent d’autres techniques pédagogiques pour mieux transmettre l’information et mieux préparer les générations futures pour affronter l’avenir, nos enseignants ont découvert l’abus des grèves.

Ils se réveillent et se couchent avec, ils n’ont que ça dans la tête. Ils excellent dans l’art de ne plus rien faire, d’abandonner l’école et de tenir les élèves en otage pour mieux les extorquer. Bizarrement, le maitre n’est plus ce prophète vénéré mais ce Satan bien détesté. Qu’est ce qu’ils apprennent aux gosses maintenant ? Juste d’être grévistes.

Je suis en rogne contre mes collègues car ils abusent, réclament et ne discutent plus. Ils ont le syndicalisme revanchard et inconscient. Ils ne pensent qu’à avoir plus et à rien donner ? Se soucient-ils des écoles qui tombent en ruine ? Des bibliothèques qui se vide ? Des élèves sans le sou et sans le cahier ? Quand je vois des instits confier des panneaux insultants à leurs propres gamins de 3-4 ans pour protester et insulter le ministre de tutelle, je me dis que c’est la fin du monde !

Le Ministre Néji Jalloul mérite tout le soutien nécessaire pour mener à bien la réforme de l’enseignement en Tunisie. Cet enseignement qui agonise par la faute de politiques approximatives et d’enseignants sans conscience. Oui, il y’a de vrais problèmes dans l’éducation nationale, oui il y a de vrais opportunistes dans le corps enseignant, oui il y a des syndicalistes et des syndicats bien infiltrés par des partis politiques sans scrupule qui ne cherchent qu’à déstabiliser le pays !

Nos enfants ne sont pas une marchandise avariée entre les mains d’irresponsables et de goinfres. Les grévistes sauvages pratiquent une forme de terrorisme sur des gamins qui ont besoin d’instruction et de savoir. Ils sont en train de tuer l’avenir de ces enfants pour les diriger vers l’obscurantisme et l’extrémisme. Que l’ex-ministre Salem Labyadh soutienne la grève des enseignants est la preuve irréfutable de sa non légitimité.

Salem Labyadh restera dans les annales de la politique tunisienne comme le seul ministre qui avait démissionné de son poste tout en continuant à exercer ses fonctions ! « Tu seras gréviste mon fils » ne doit en aucun cas être l’avenir de cette nouvelle génération et son seul espoir.

Par Ali Gannoun, professeur-chercheur à l’Université de Montpellier 2/ 11 Juin 2015

S'inscrire à la Newsletter
S'inscrire à la Newsletter
Inscrivez-vous ici pour recevoir les dernières actus, mises à jour et offres spéciales directement dans votre boîte mail.
Vous pouvez vous désabonner à tout moment
Commentaires