Tunisie: l’école, la plus grande usine de fabrication d’abrutis

Je suis sidéré par le nombre impressionnant d’arrestations d’islamistes et d’apprentis jihadistes, candidats au départ en Libye, en Syrie ou en Iraq, à l’accomplissement de tueries, coupables d’assassinats… Il ne se passe plus un jour sans que l’on entende parler de capture de « dangereux terroristes ». Bien souvent, il m’arrive de me poser la question de savoir si l’on a encore des places en prison pour héberger toute cette racaille.

Il m’arrive également d’envisager le pire, une évasion collective de prison et me demande, étant donné notre manque de professionnalisme légendaire, si toutes les précautions sont prises. Je pense également au travail de propagande que cette faune est en train d’accomplir derrière les barreaux auprès des autres prisonniers, ceux de droit commun. Je me dis qu’à ce rythme, il va falloir emprisonner la moitié (si ce n’est plus) de la jeunesse tunisienne.

Sans trop généraliser, il s’agit d’une jeunesse inculte, peu instruite, désabusée, cynique, prisonnière de fausses certitudes, peu ouverte sur le monde et sur les idées, vivant une misère financière, intellectuelle, frustrée sexuellement, socialement… Est-ce la solution? La réponse est négative bien évidemment. Mais d’un autre côté, avons nous le choix que de réprimer? Où allons nous comme ça?

Ne me parlez surtout pas d’école et de système éducatif. Il s’agit de la plus grande usine de fabrication d’abrutis. L’école est devenue un endroit mal famé, dangereux, qu’il est presque déconseillé de fréquenter. Oui, je sais j’exagère mais je ne suis pas loin de la réalité. J’appartiens à ce monde, je le connais. Paradoxalement, les idées de tolérance, d’ouverture, de liberté religieuse, de respect de la femme, de laïcité, de respect des autres, sont véhiculées par les adultes et par les tunisiens les plus âgés.

La conséquence est que dans ce pays, les jeunes sont les vieux et les vieux sont les jeunes. Notre futur est compromis car il est en voie d’être confié à une jeunesse et à une génération qui a les idées et les certitudes d’un temps qu’on a cru à jamais révolu.

Par Chokri Mamoghli, professeur d’Université

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