Les mille maux du secteur de la santé en Tunisie

Shutterstock - SOUSSE, TUNISIE, Juillet 2010

Hôpitaux encombrés, personnel épuisé, patients mécontents: le secteur de la santé publique en Tunisie, considéré historiquement comme un axe stratégique de développement, peine à remédier à ses multiples maux et suscite de vives critiques.

Les images de files d’attente qui durent des heures, les cris de colère des patients ou encore les équipements en panne constituent depuis plusieurs années une réalité quotidienne. « S’il est un domaine de l’action publique qui demande une réforme urgente, c’est bien celui de la santé », ont résumé les auteurs d’un rapport publié l’an dernier avec l’appui de la Fédération générale de la Santé du puissant syndicat UGTT.

Dès son indépendance, en 1956, le développement du secteur figurait au rang de priorité de la Tunisie et, à ce jour, le petit pays d’Afrique du Nord dispose d’un solide maillage, avec 166 hôpitaux et 2.100 centres de santé, selon des chiffres officiels.

Mais, « depuis les années 1990, les services publics subissent une régression » et « ne répondent pas aux besoins des citoyens », poursuit le rapport, dont l’intitulé dénonce « l’inégalité sociale face au risque de maladie ».

Parmi les principaux maux, l’accès inégal entre régions aux technologies de pointe, les déserts médicaux mais aussi le mauvais état général des équipements et la corruption, qui traduisent « la perte des acquis de la Tunisie indépendante », d’après l’étude.

Dans un hôpital de Tunis, Amel Belhaj, dont le père est alité, s’emporte. « Nous avons des hôpitaux qui sont comme des ruines! En plus de nos maladies, on doit supporter la misère de ces lieux, la saleté, le comportement du personnel », déplore-t-elle.

Son père, qui occupe un des 11 lits de cette chambre aux murs tachés d’humidité et aux radiateurs rouillés, lui intime l’ordre de se taire, et refuse tout commentaire.

Entre les toilettes à la forte odeur d’urine et les ordures à même le sol, certaines scènes font peine à voir. Le service à l’heure du déjeuner, lui non plus, n’est pas reluisant.

« Il y a des services dont nous sommes fiers et d’autres qui méritent une attention particulière », affirme à l’AFP Kaouther Hedhili, directrice des services généraux auprès du ministère de la Santé, qui qualifie de « défaillance majeure » la « gouvernance » actuelle.

La fonction publique, où les recrutements ont été massifs et souvent peu judicieux après la révolution de 2011, est saturée, poursuit-elle. Dès lors, le ministère de la Santé ne remplace plus les départs à la retraite alors que le manque de personnel avoisine 14.000 postes, avance Mme Hedhili.

D’après elle, le bon fonctionnement général de la santé publique est aussi lourdement handicapé par l’endettement des hôpitaux, qui a atteint l’an dernier 500 millions de dinars (environ 185 millions d’euros).

Dans ces conditions, l’état du secteur est l’objet de fréquents débats à la télévision, comme après la mort jugée suspecte d’un malade. Durant ces échanges, l’infrastructure est régulièrement qualifiée de « médiocre ».

Directrice générale de la Santé, Nabiha Borsali Falfoul estime toutefois cette « étiquette (…) très exagérée ».

Certains hôpitaux sont anciens, et des services « pas très pratiques » doivent être rénovés, admet-elle, en insistant sur les conditions d’exercice parfois difficiles pour le personnel.

« Les hôpitaux sont hyper sollicités (…), le personnel travaille au-dessus de ses moyens », enchaîne Mme Falfoul, qui juge les critiques dans les médias « destructrices ».

En réponse, les autorités font également valoir que l’espérance de vie en Tunisie est passée de 66 à 73 ans en dix ans, preuve selon elles de l’amélioration des soins.

Sous couvert d’anonymat, un responsable d’un hôpital dénonce les « campagnes de diabolisation » du secteur privé.

Porté entre autres par une clientèle aisée et l’afflux de clients libyens, le réseau des cliniques privées a plutôt le vent le poupe. Coûteuses, ces structures sont toutefois hors de portée pour nombre de Tunisiens.

Pour Chokri Hamouda, chef des urgences de l’hôpital Charles-Nicolle à Tunis, il devient urgent « de s’atteler au développement des ressources humaines ».

Même si « nous travaillons dans la complexité », il faut impérativement « adapter les moyens dont on dispose aux besoins du citoyen », clame le Dr Hamouda. « La santé a un coût mais elle n’a pas de prix. »

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